Enfance & Jeunesse en Précarité

Quand grandir ne devrait pas être un parcours de survie

En Belgique, comme ailleurs dans le monde, grandir ne signifie pas toujours grandir dans la joie, la paix et la sécurité.

Pour certains enfants et certains jeunes, l’enfance est marquée par les difficultés financières, l’instabilité du logement, les conflits familiaux, les abandons, les violences, le décrochage scolaire ou encore les ruptures de prise en charge.

Malheureusement, la précarité commence pour certains dès l’enfance.

Et mal prise en charge, ou prise en charge trop tard, elle se prolonge bien souvent à l’adolescence et à l’âge adulte.

📊 Enfance & précarité : des chiffres édifiants…

En 2024, 13,8 % des enfants belges âgés de 0 à 15 ans étaient en situation de privation matérielle (besoins spécifiques).

Ce qui signifie que leur famille ne pouvait assurer des éléments essentiels comme :

  • manger correctement
  • se chauffer
  • s’habiller
  • disposer du matériel scolaire nécessaire
  • participer aux activités des autres enfants
  • avoir un logement stable

Parmi ces enfants :

  • 38,4 %appartiennent aux ménages ayant les revenus les plus faibles.
  • 35,9 %vivent dans un ménage locataire.
  • 28,2 %vivent dans une famille monoparentale.
  • 50,5 %sont issus de familles ayant un faible niveau d’instruction.

🔁 Bien souvent, la pauvreté se transmet…

Grandir dans la précarité augmente fortement le risque de connaître la précarité à l’âge adulte.

Parmi les personnes ayant déclaré avoir connu une mauvaise ou très mauvaise situation financière durant leur adolescence, près d’une sur deux se trouve aujourd’hui en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (selon Statbel).

À l’inverse, ce risque concerne moins d’une personne sur dix parmi celles qui ont connu une bonne ou très bonne situation financière durant leur adolescence.

Autrement dit…

Ce que l’enfant vit aujourd’hui pèse souvent lourdement sur l’adulte qu’il deviendra demain.

⏳ Aide à la jeunesse sous pression…

En Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Aide à la jeunesse accompagne des dizaines de milliers de jeunes.

42.975 jeunes sont pris en charge dans le cadre de l’aide spécialisée et près de 2.000 personnes travaillent au sein de l’Administration générale de l’Aide à la jeunesse (chiffres clés de la Fédération).

Mais le problème ne se résume pas au nombre de professionnels. L’administration souligne :

  • L’augmentation du nombre de jeunes pris en charge
  • L’augmentation de la complexité des situations
  • Le nombre de jeunes en attente de prise en charge
  • Le manque de places dans certains services
  • Les difficultés liées aux durées de prise en charge
  • Les situations de jeunes nécessitant l’intervention de plusieurs secteurs à la fois

Une recherche menée entre 2024 et 2025 sur la complexité des prises en charge a été lancée pour mieux comprendre pourquoi certaines prises en charge deviennent plus complexes et pourquoi certaines demandes restent en attente.


🧩 Services et problèmes multiples = parcours compliqués…

L’Aide à la jeunesse joue son rôle, certes. Mais les problèmes auxquels sont confrontés les jeunes sont d’ordre multiple et relèvent également :

  • du logement
  • de la pauvreté
  • de la santé mentale
  • de l’école
  • de la santé
  • des violences familiales
  • de l’accès aux droits
  • de l’insertion professionnelle

Des jeunes sont couramment confrontés à plusieurs de ces difficultés simultanément.

Il arrive également fréquemment que des jeunes soient « à la croisée des secteurs », ce qui signifie que ces jeunes sont suivis par l’Aide à la jeunesse mais que, présentant également des problématiques liées au handicap, à la santé mentale, à la psychiatrie ou à la santé physique, ils doivent faire appel à d’autres services.

Et lorsque plusieurs portes doivent s’ouvrir en même temps, il suffit qu’une seule d’entre elles reste fermée pour que le parcours se bloque…

🎂 À 18 ans, le problème ne disparaît pas… parfois… souvent… il s’accentue…

Un anniversaire ne met pas fin à la précarité.

Pour un jeune ayant connu des placements, des abandons, des ruptures familiales ou un parcours institutionnel, le passage à la majorité est souvent un moment particulièrement fragile.

Il faut alors trouver :

  • un logement
  • un revenu
  • une formation ou un emploi
  • un médecin
  • des documents administratifs
  • parfois un accompagnement psychologique
  • et surtout un réseau…

Or, tous les jeunes ne disposent pas d’une famille ou d’une famille capable de jouer ce rôle…

Certains sortent donc d’un dispositif de protection pour entrer dans un autre système : celui de l’urgence sociale.


🛋️ Jeunes et sans-abrisme : une réalité trop invisible…

Le sans-abrisme ne signifie pas nécessairement dormir dans la rue.

Il peut aussi signifier dormir chez des amis, chez un membre de la famille, dans un hébergement temporaire ou changer régulièrement de lieu. Cette réalité est particulièrement importante chez les jeunes.

En 2024, 24 % des jeunes en errance avaient un parcours dans l’Aide à la jeunesse (données citées par l’AMA).

Une grande partie des jeunes concernés se trouvait par ailleurs dans une forme de sans-abrisme caché, notamment hébergée chez des proches ou des tiers.

En 2024, 13.182 mineurs étaient recensés comme sans-abri ou sans logement stable en Belgique, selon les chiffres relayés par Infirmiers de rue. Cela représente près d’un tiers des personnes sans-abri recensées.

📍 En Wallonie : près de 19.000 personnes sans chez-soi…

Les dénombrements réalisés en Wallonie montrent l’ampleur du phénomène.

La stratégie wallonne de sortie du sans-abrisme estime à environ 19.000 le nombre de personnes concernées en Wallonie, dont environ 5.000 enfants.

🏙️ Jeunes en errance à Charleroi…

Le dénombrement réalisé dans l’arrondissement de Charleroi en 2024 a recensé 321 jeunes de 16 à 25 ans en situation de sans-abrisme ou de sans-chez-soi. Parmi eux :

  • 10avaient 16 ou 17 ans.
  • 311avaient entre 18 et 25 ans.
  • 47,4 %étaient hébergés chez des amis, de la famille ou des tiers.
  • 67 %étaient considérés comme vivant seuls.
  • 76 %avaient un dossier actif auprès d’un CPAS.

Ces chiffres montrent quelque chose d’essentiel

Ne pas dormir dans la rue ne signifie pas avoir un logement.

Un jeune qui passe d’un canapé à l’autre est un jeune sans chez-soi !

⛓️ Le système intervient trop souvent en bout de chaîne…

Le parcours peut devenir une succession de ruptures :

famille → école → aide à la jeunesse → institution → majorité → CPAS → hébergement d’urgence → rue ou hébergement précaire.

Chaque service peut faire correctement son travail. Mais certains services saturent. Les lieux d’accueil débordent. Les places manquent pour accueillir enfants et jeunes dans des lieux adaptés à leurs problématiques. Les listes d’attente se prolongent indéfiniment.

Alors oui, en 2026, en Belgique, des jeunes mineurs sont encore livrés à eux-mêmes, seuls ou mal accompagnés, dans la rue. Faute de place. Faute de possibilité de prise en charge adéquate dans les services adéquats.


🛟 Agir avant la rupture…

En Fédération Wallonie-Bruxelles, 89 services d’Action en Milieu Ouvert (AMO) proposent une aide préventive aux jeunes et aux familles. Il existe également 6 Maisons de l’Adolescent.

Mais prévenir signifie aussi pouvoir intervenir :

avant l’expulsion, avant le décrochage scolaire, avant la rupture familiale, avant le placement, avant la sortie d’institution, avant la rue…

Plus une situation se dégrade, plus les réponses nécessaires deviennent complexes. Et plus elles deviennent coûteuses humainement et financièrement.

💛 Une société se juge aussi à la façon dont elle protège ses enfants…

  • 13,8 % d’enfants en privation matérielleDerrière ce chiffre, il y a des enfances brisées là où la joie devrait régner…
  • 5.000 enfants sans chez-soi en WallonieDerrière ce chiffre, il y a des vies sans sécurité là où l’insouciance devrait habiter…
  • 42.975 jeunes pris en charge par l’aide spécialisée en Fédération Wallonie-BruxellesDerrière ce chiffre, il y a des parcours compliqués qui ne demandent qu’à être aidés.
  • Chaque jeune qui sort d’institution sans logementDerrière chacun d’eux, il y a un risque de rupture supplémentaire.

Un enfant ne devrait pas devoir attendre d’être en danger pour être aidé.

Un jeune ne devrait pas devoir attendre d’être à la rue pour être accompagné.

Et devenir majeur ne devrait jamais signifier devenir seul !

Voilà pourquoi

TIC TAC BELGIQUE

Le temps passe.
Les enfances, elles, ne se recommencent pas.

Alors à notre échelle, agissons ensemble : posons un geste aujourd’hui, pour un peu plus de soleil pour eux demain !